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« Économie sociale ». Une expression que l’on entend de plus en plus autour de nous mais dont le sens n’est pas toujours bien défini, car peu connu et mal compris. Le REDD a tenté de démystifier ce terme en s’entretenant avec les responsables de deux organisations d’économie sociale : Insertech et la TOHU.

Le concept d’économie sociale réunit deux termes que beaucoup considèreraient comme opposés. Le mot « économie » fait penser à la création de richesses via la production de biens et services, alors que le mot « social » fait référence à l’accessibilité des services qui influencent les conditions de travail et de vie d’une population donnée.

Ce ne sont pourtant pas des termes incompatibles. Au Canada, des milliers d’entreprises dites d’économie sociale vendent des biens ou services tout en poursuivant la réalisation d’une mission sociale, à savoir de répondre à un ou des besoins d’une population cible. Les résultats sont ensuite réinvestis plutôt que transformés en profit individuel.

Soraya Martinez, directrice partenariats et philanthropie à la TOHU, nous décrit les défis et les forces de ce modèle d’affaire solidaire.

1. Présentez-nous la TOHU

Été 2014 : la TOHU embauche les jeunes du quartier Saint-Michel au sein de son service à la clientèle. Ils sont plus de 50 jeunes à profiter du programme d’intégration socioprofesionnelle à chaque année.

Été 2014 : la TOHU embauche les jeunes du quartier Saint-Michel au sein de son service à la clientèle. Ils sont plus de 50 jeunes à profiter du programme d’intégration socioprofessionnelle à chaque année.

La TOHU est une OBNL issue de la volonté du milieu du cirque de créer la Cité des arts du cirque, une institution culturelle vouée à la diffusion et la découverte des arts du cirque.Le projet a surgi à la fin des années 1990 à l’initiative du Cirque du Soleil, d’En Piste et de l’École nationale de cirque.

La TOHU, au cœur de la cité des arts du cirque, se veut le lieu par excellence de diffusion, de création, d’expérimentation et de convergence entre culture, environnement et engagement communautaire en Amérique du Nord.

La TOHU apporte sa contribution à l’accession de Montréal au rang de capitale internationale des arts du cirque, tout en se positionnant comme la référence en matière de développement durable par la culture.

À l’époque, le Cirque du Soleil cherchait à s’installer là où les besoins étaient les plus criants. La décision du Cirque de s’installer aux abords de l’ancienne carrière Miron a été un geste hautement symbolique de revitalisation.

« [...] nous avons participé à la conscientisation collective qui est survenue au Québec depuis les 10 dernières années sur l'économie sociale. »

Depuis, la TOHU a été mandaté par la ville de Montréal afin de concevoir et d'offrir des activités d'accueil, d'animation et d’éducation, comme le ferait une Maison de la culture. Elle poursuit aussi une volonté de participer à la revitalisation économique du quartier par l’embauche locale et un trajet personnalisé de formation et de développement des compétences de cette main d’oeuvre.

Les préoccupations environnementales et sociales de la TOHU s’étendent aussi au choix d’avoir construit un bâtiment LEED Or, un des premiers au Canada à l’époque et au choix de ses fournisseurs qui sont soit, locaux ou poursuivent des missions similaires.

2. Décrivez-nous votre modèle d’affaires

Toutes nos activités tournent autour de notre mission. Pour nous, conduire des activités qui créent de la valeur au plan social et environnemental ce n’est pas un « programme », c’est, tout comme le cirque, notre raison d’être. Il est aussi important pour nous de faire un spectacle que d’embaucher quelqu’un du quartier. Je définirai ainsi « la réussite » comme étant la capacité de réaliser des projets avec partenaires (privés ou publics) dans le respect de notre mission.

Lors de notre fondation, ce n’était pas très clair que nous étions une entreprise d’économie sociale, nous savions seulement que nous innovions. Ce que nous proposions alors, et maintenant aussi d’ailleurs, c’était d’être une institution culturelle partenaire de son quartier d’accueil. Pensez-y, combien d’entreprises s’implantent à un endroit donné et n’ont par la suite presque aucune relation avec leur communauté d’accueil? En misant sur l’ouverture aux besoins du quartier d’accueil et en y répondant par le biais de nos activités je crois que nous contribuons à faire une différence. Plus largement, je crois aussi que nous avons participé à la conscientisation collective qui est survenue au Québec depuis les 10 dernières années sur l’économie sociale.

3. Parlez-nous des plus grands défis que pose votre modèle d’affaires?

Le grand enjeu des initiatives à caractère social est d’en évaluer l’impact. Une chercheure de l’Université Concordia se penche actuellement sur un de nos programmes d’intégration socioprofessionnelle. Elle cherche à examiner quel est « le retour social de l’investissement » des entreprises d’économie sociale, particulièrement en ce qui concerne l’impact de l’insertion des jeunes à l’emploi.. Nous avons bien hâte de connaître ses conclusions, surtout si cela peut aussi éclairer la réflexion d’autres entreprises d’économie sociale.

D’un point de vue organisationnel, le taux de roulement est très élevé. La TOHU n’est pas une finalité mais un tremplin pour le retour au travail ou aux études. Par conséquent, c’est un beau défi, travailler avec des jeunes en formation c’est un perpétuel recommencement. La TOHU a reçu depuis 10 ans, plus de 400 jeunes.

Nous sélectionnons aussi nos partenaires avec soin. Le choix d’un commanditaire par exemple se fait en fonction des valeurs de la mission des entreprises, qui doit être en accord avec celles de la Tohu.

« [...] il est aussi important de faire un spectacle que d'embaucher quelqu'un du quartier. »

Finalement, trouver le bon équilibre entre faire la promotion de notre programme d’intégration et éviter de stigmatiser les employés est aussi un défi. Ainsi, nous ne sommes ni une entreprise d’économie sociale, ni d’insertion…et obtenons peu d’appui de la part des gouvernements pour le programme d’insertion socioprofessionnel.

Comme toutes les organisations, nous faisons également face à des contraintes financières…mais qui une fois re-conceptualisées, n’en sont plus! C’est drôle mais lorsqu’on a un projet en tête et que l’on est convaincu de sa pertinence et de sa cohérence, on trouve toujours comment faire. Je dois aussi souligner l’apport de nos partenaires qui endossent notre mission et qui sont des agents facilitateurs plutôt que contraignants.

(voir la suite de l'entrevue à la page 2).