L’Arctique lance un cri d’alarme: Un problème de plusieurs dizaines de milliards de dollars

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Les leaders d’opinion du REDD conseillent les entreprises sur les modèles d’affaires durables du XXIe siècle. Les leaders d’opinion sont des universitaires et des praticiens de renom : des experts mondiaux dans le domaine du développement durable. Dans le présent article, Gail Whiteman décrit l’importance de relever les signes avant-coureurs de grands changements. Dr. Whitemanau  explique comment le réchauffement de l’Arctique est une « véritable bombe à retardement économique » – et comment les entreprises devraient réagir face à cette menace. Dr. Whiteman collabore à titre de professeure résidente au World Business Council for Sustainable Development et est professeure en résidence à l’Université Erasmus aux Pays-Bas. 

Les choses que nous ne voyons pas peuvent nous nuire. Nous excellons à surveiller notre environnement immédiat : les activités de nos concurrents, la démographie des consommateurs, la culture des employés. Lorsque notre monde est stable, nous n’éprouvons pas le besoin d’élargir notre horizon.

Mais l’apparition de déséquilibres se manifeste souvent par des indices imperceptibles, presque invisibles – des signes qui peuvent facilement passer inaperçus.

Prenons la crise économique. Les pratiques de prêts douteuses sur le marché immobilier et l’évolution rapide des instruments financiers auraient dû sonner l’alarme.

Pourtant, les organismes de réglementation – et l’ensemble du système financier – ont négligé les signes.

Nos observations – nos « processus de recherche de sens » ont tendance à renforcer notre vision actuelle du monde. C’est pourquoi les experts tels que Karl Weick nous conseillent de prêter une attention particulière aux surprises et aux témoignages des experts en première ligne.

En première ligne : L’Arctique

En 2007, la Terre a éprouvé une rude surprise devant la fonte record des glaces de l’Arctique. Les glaces de l’Arctique reculent chaque été, mais jamais de façon aussi importante : le volume des glaces marines de l’Arctique à la fin de l’été avait diminué de moitié par rapport à quatre ans auparavant. « L’Arctique lance un cri d’alarme », a déclaré un éminent scientifique américain.

L’automne dernier, l’Arctique nous a envoyé un autre message sans équivoque. Les glaces de l’Arctique ont de nouveau fondu comme jamais auparavant : près de 775 000 kilomètres carrés de moins qu’en 2007. Mais avons-nous écouté?

Ce que la fonte de l’Arctique signifie pour les entreprises

La fonte des glaces de l’Arctique crée des débouchés économiques pour certains chefs d’entreprise et gouvernements. L’Arctique contient 30 % des réserves estimées de pétrole et de gaz non découvertes au monde. Cela représente des retombées économiques à court terme tentantes pour les régions de l’Arctique, en particulier compte tenu des possibilités croissantes de nouvelles routes de navigation. Selon les estimations de Lloyd’s of London, « les investissements dans l’Arctique pourraient atteindre 100 milliards de dollars d’ici 10 ans. »

Mais les changements dans l’Arctique auront des effets beaucoup plus importants et négatifs en raison du rôle essentiel de la région pour stabiliser le climat de la terre. Les glaces de l’Arctique reflètent la lumière du soleil et aident ainsi à refroidir la terre. Moins le Grand Nord sera blanc, et plus la terre absorbera de chaleur, accélérant ainsi le réchauffement climatique.

De plus, d’importantes réserves de méthane – un gaz à effet de serre puissant – sont piégées dans les glaces. La fonte des glaces permettra de libérer le méthane, augmentant davantage encore le réchauffement.

Dans une nouvelle recherche publiée par le journal Nature, mes collègues et moi-même avons découvert que le méthane libéré par la fonte des glaces entraînera des coûts de l’ampleur de l’économie mondiale en raison de ses effets sur le climat, soit 60 billions de dollars. Nous avons utilisé des modèles mis au point par les gouvernements britannique et américain pour déterminer ces effets, soit leurs dommages sur les récoltes, la santé, les infrastructures et autres ressources.

Passer à l’action

Le monde change, et les signes sont là. Comment pouvons-nous comprendre ce qui arrive et réagir en conséquence?

Nous devons écouter davantage les scientifiques qui étudient attentivement l’Arctique. Et nous devons nous demander comment utiliser au mieux ces connaissances : comment atténuer les effets d’un tel choc et comment s’y adapter?

De plus en plus, les gouvernements, les associations industrielles et d’autres organismes expliquent comment les changements climatiques toucheront les différents secteurs d’activité et donnent des conseils pour s’y préparer. Par exemple, le programme Global Change du gouvernement des États-Unis et Ressources naturelles Canada décrivent les conséquences régionales des changements climatiques en Amérique du Nord. Dans un récent article, un leader d’opinion du REDD propose différentes façons dont les entreprises peuvent participer aux politiques climatiques.

Les surprises ont beaucoup à nous apprendre. Nous ne pouvons plus ignorer que ce qui se passe aux pôles de la planète peut influencer notre vie quotidienne.

Ressources supplémentaires

Renseignements supplémentaires sur notre récente recherche sur les « coûts considérables des changements dans l’Arctique ».

Vue d’ensemble des risques et des occasions dans l’Arctique selon la Lloyd’s of London : Arctic opening: Opportunity and risk in the high north

À propos de l’auteur

Dr. Gail Whiteman est professeure et titulaire de la chaire en développement durable et changement climatique à l’École de gestion de Rotterdam, Université Erasmus (Pays-Bas). Outre ses fonctions à l’École de gestion de Rotterdam, professeure Whiteman est également professeure en résidence à temps partiel au Conseil mondial des entreprises pour le développement durable(WBCSD). Elle est cofondatrice et directrice du Centre for Corporate Eco-Transformation, où elle collabore avec des entreprises multinationales pour étudier des enjeux tels que le rôle stratégique des entreprises dans la transition vers des villes durables à faibles émissions de carbone, les répercussions de l’extraction de ressources naturelles sur la durabilité locale et les facteurs stimulant l’innovation durable. Elle est également active dans les domaines de la formation et de l’éducation en matière d’entreprises durables novatrices.